
L’efficacité de la consultation citoyenne n’est donc pas à
démontrer. D’autant que dimanche d’autres électeurs de huit communes —celles où leur opinion sur la LGV a été sollicitée dimanche dernier— auront la possibilité de se prononcer.
En moyenne c’est donc un électeur sur trois, parmi ceux qui se sont déplacés au 1er tour des élections régionales, qui ont donné leur opinion. Certes, c’est moins que pour les
consultations sur la LGV, sollicitées en alternance avec Batera durant les deux tours des Régionales devant les bureaux de vote. Mais le résultat est aussi moins soviétique. 78,22 % de
Oui, 19,14% de Non et 2,73% de blancs ou nuls.
Des résultats variables. En Soule, où un véritable débat contradictoire a été organisé, les Non s’élèvaient, dimanche 14 mars, à 32%. Enfin la participation au référendum alternatif est
plus élevée en Pays Basque intérieur que sur le littoral, avec par exemple une participation de 39,13% dans le canton d’Iholdy, contre 8,56% sur le BAB.
En tout cas, autant de citoyens se prononçant sur l’avenir institutionnel de ce territoire, en si peu de temps, cela vaut tous les échantillons et tous les sondages. C’est la première
fois.
«Le vote-là, c’est que pour les Basques non?»
La « consultation citoyenne » de Batera a dû se confronter à de nombreuses interrogations, à quelques refus de participation, et à
de rares hostilités. Récit d’une journée pas si ordinaire dans un bureau de vote d’un quartier populaire de Bayonne.
« Je n’ai pas le temps », « je suis pressé »,… ce sont des personnes âgées venues tôt le matin voter aux élections
régionales qui justifient ainsi leur refus de répondre à la question « Êtes-vous favorable à la création d’une collectivité territoriale basque ? ». Lorsque les ‘rabatteurs’ de Batera,
postés aux entrées de lieu de vote et ceinturés d’une écharpe bleue, tentent de convaincre les électeurs de prendre deux minutes pour glisser un bulletin ‘Oui’ ou ‘Non’ dans l’urne, les
explications fournies sont plus claires, et s’enchaînent : « je ne suis pas intéressé », « je ne suis pas au courant »,…
Et de confirmer une loi de sociologie électorale, mise au jour par Bourdieu : moins on connaît une question, moins on se prononce à son propos. Des électeurs regrettaient d’ailleurs que
la consultation ne portât pas sur la nécessité d’une consultation, d’autres auraient souhaité un vrai débat public sur la question. Certains assumant leur opposition à ce qui pourrait
ressembler à un département Pays Basque, analysaient lucidement l’événement : « je suis contre, donc je ne voterai pas ». Effectivement, les opposants à une reconnaissance
institutionnelle du Pays Basque savent pertinemment qu’ils ont tout à craindre d’un référendum. Autant de discussions qui ont ponctué la journée du bureau de vote.
Certaines pas piquées des vers. « Batera, c’est l’ETA ? », « c’est un vote pour l’indépendance, non ? », « je ne suis pas Basque », « c’est que pour les Basques », « c’est les
attentats »,… Savoir faire preuve de pédagogie n’était pas la moindre des qualités des assesseurs et rabatteurs de Batera. Préciser que l’assesseur était originaire de Toulouse ou
de La Rochelle valait tous les discours. La palme des commentaires revenant à cette affirmation au sortir du bureau de vote officiel, digne d’être publiée en brèves de comptoir : «
je ne vote pas, je ne fais pas de politique. »
Les réactions d’hostilité furent absentes. Mise à part un ancien élu municipal, vociférant l’illégalité d’une telle consultation, « qui n’est que du racolage ! ». Bref, un
ex-édile se croyant probablement à Anglet. Et qui, comme là-bas, n’a rien empêché du tout.
Chômage, problèmes de santé, retraites, immigration, histoires familiales, l’utilité douteuse du vote… font partie des sujets aisément abordés par les électeurs auprès de qui se donne
la peine de tendre l’oreille. Encouragements, participation bonhomme et enthousiasmes citoyens ont également été le lot du bureau de vote alternatif qui a attiré à lui 10% des électeurs
du quartier populaire –pour les élections régionales ils n’étaient que 30%. Un sur cinq s’est déclaré opposé à la création d’une telle collectivité.
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